Le « sampling » ou échantillonnage – histoire et points techniques (1ière partie)

Le « sampling » ou échantillonnage – histoire et points techniques (1ière partie)

 

Emulator II (Wikipedia)

Emulator II (Wikipedia)

L’histoire de l’échantillonnage débute dans les 60 et 70, avant même l’avènement des technologies numériques, et alors que l’enregistrement et la reproduction des sons se fait encore sur bande magnétique. Les bandes magnétiques permettent une bonne qualité audio et de multiples manipulations. En coupant et collant les bandes entre elles, on peut, déjà à l’époque, créer ce qu’on appelle des boucles (i.e. « loop » en anglais). Des extraits de prises de son peuvent être reproduits « à l’infini » et le morceau célèbre des Pink Floyd « Money » en est l’un des exemples le plus célèbre. Depuis, la technique de l’échantillonnage s’est considérablement améliorée, pour progressivement conquérir le marché globalisé de la musique et y imprimer partout sa marque de fabrique.

 

Histoire et influence de l’échantillonnage

Vers la fin des années 70, dans les studios d’enregistrement les plus luxueux, apparaissent les premiers (et à l’époque hors de prix) outils numériques d’échantillonnage. Des synthétiseurs hauts de gamme tels que le « Fairlight » et  le « Synclavier » ouvrent le champ des possibles de la manipulation des sons. Puis, à partir du milieu des années 80, les techniques de sampling deviennent de plus en plus abordables et des instruments tels que l’«Emulator » ou le « Mirage » prennent d’assaut les petits studios ainsi que les salons des ménages les plus fortunés. Ces évolutions techniques encouragent l’épanouissement de nouveaux genres musicaux tels que le Hip-hop et ouvrent la porte à de nouvelles formes d’expression musicale. Des groupes comme « Depeche Mode » créent leur propre univers musical en étoffant leur musique de samples de percussions industrielles. La musique électronique saturée de synthétiseurs de groupes comme “Kraftwerk prend toute sa profondeur grâce au perfectionnement des techniques d’échantillonnage. Et ce nouveau son dépasse bientôt les frontières, pour influencer notamment la musique noire des villes américaines de Detroit et Chicago, musique qui façonnera la techno d’aujourd’hui. De nouveaux mouvements culturels tels que le « Break Dance » font leur apparition dans les rues et les clubs du monde entier.

En 1987, seulement un an après le lancement du sampler 16-Bit S-1000 de Akai, énorme succès commercial, le titre ultra fragmenté de Marrs « Pump up the volume » envahit les charts et devient le fer de lance de la scène house britannique. D’une certaine façon, cela représente une victoire pour la musique indépendante, ainsi que l’avènement de nouveaux acteurs de la production de musique : les « bedroom producers » (i.e. « producteurs de chambre à coucher » en anglais).

 

Bien sûr, ces nouvelles technologies apportent avec elles leur lot de difficultés et controverses. Les pionniers du sampling se servaient librement et sans retenu des productions d’autres artistes ou d’autres sources (films ou radio) pour les intégrer à leurs propres créations, le tout sans se soucier de déclarer ces « emprunts ». Si au départ, de telles pratiques étaient tolérées, les premières vagues de procès contre ces collectionneurs et manipulateurs de sons n’ont pas tardé à voir le jour.

Dans les années 90, la baisse du prix des équipements ainsi que l’augmentation des temps d’échantillonnage (capacité de stockage) et des possibilités d’édition encouragent la diffusion des techniques d’échantillonnage. Le sampling devient petit à petit monnaie courante. Mais ce n’est qu’à la fin du XXème siècle que la démocratisation se fait totale, alors qu’il est possible de se procurer en seconde main les appareils phares des grandes marques de fabricant comme EMU ou AKAI, et que les ordinateurs personnels deviennent la norme. Les logiciels d’échantillonnage MIDI purs, ceux nés sur les premiers ordinateurs individuels bon marchés comme le Commodore C64, se transforment en de puissants programmes avec pistes audio et effets logiciels (consultez à ce sujet notre article sur les logiciels modernes de MAO). Rien ne peut plus arrêter la marche vers le tout échantillonnage.

 

Qu’est-ce qu’un échantillon (ou “sample”)

Sample (Wikipedia)

Sampling (Quelle: Wikipedia)

Un échantillon musical (un sample) est une portion d’empreinte numérique, composée d’un extrait musical existant, d’une prise de son ou d’une note quelconque. La prise de son se fait grâce à un microphone ou directement par une entrée in line (aux) ou micro (mic), connecté(e) à un appareil, lequel peut numériser (transformation A/D) le signal analogue (oscillations électriques). Pendant le processus d’échantillonnage, ces oscillations sont mesurées à intervalles réguliers. Le nombre d’échantillons potentiellement mesurés dépend de la fréquence d’échantillonnage. Plus le nombre de samples analysés sur une période de temps donnée est important, plus précise sera la forme des courbes reconstruites (le signal source analogue) (voir le graphique à droite). Bien sûr, cette suite de mesures peut être rejouée par un processus inverse, en analogue.

Le son discordant produit par une résolution 8-Bit est encore aujourd’hui apprécié par nombre de producteurs, et l’effet « bitcrusher » est une tentative de reproduction de celui-ci. À la fin des années 80, la technologie passe au 16-bit (une qualité CD à 44,1 kHz et 16 bit) et depuis quelques années d’innombrables interfaces audio proposent des vitesses d’échantillonnage qui vont jusqu’à des taux d’audiophile, à 192 kHz (64 bit). Des samples en qualité CD enregistrent 441000 mesures par secondes avec 16bit comme valeur de résolution. Cela rend possible la reproduction de 65536 valeurs assignables.

 

Dans le jargon des spécialistes, appartiennent aux échantillons toutes les prises de son numériques audio, mais dans le langage courant, les échantillons sont associés aux fragments suivants:

  1. Un court extrait de percussion (drums, bruit de métaux, de synthé etc.)
  2. Les boucles (drums, beats ou une mélodie complète)
  3. Les mots parlés ou chantés
  4. Les bruits de la nature ou de l’environnement quotidien
  5. Les effets (des bruits synthétiques, des notes manipulées etc.)
  6. Les samples d’instruments (reproductibles sur un clavier MIDI et des instruments jouables souvent « multi-samples »).

 

Dans la deuxième partie de cette série sur l’échantillonnage, la semaine prochaine, nous expliquerons comment travailler avec des échantillons, et nous parlerons de l’influence de certains samples sur les différents genres musicaux et des aspects légaux et culturels de cette pratique.